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22 mars 2019 Paru dans N°420 - à la page 7

En montagne, en période hivernale, la demande en eau s’accroît sensiblement, notamment dans les stations de sports d’hiver, sous l’effet des pics de fréquentation. Comme dans bien d’autres régions touristiques, il faut alors ajouter aux besoins quotidiens des populations locales, la demande liée à ces afflux saisonniers de population.

Longtemps, ce phénomène, fruit des politiques publiques menées depuis 50 ans, n’a pas causé de problème particulier, les montagnes étant souvent considérées comme les châteaux d’eau de la planète, et la ressource hydrique dans ces territoires étant perçue comme illimitée.

Ce n’est plus le cas. En moins de deux décennies, deux facteurs ont bouleversé la donne, générant de fortes inquiétudes sur la vulnérabilité de la ressource en eau en montagne comme le confirme une récente publication du CGEDD.

Le premier facteur, c’est bien sûr le changement climatique et ses impacts sur les zones de montagnes, qui sont, en Europe, en première ligne. Dans les Alpes, par exemple, la température moyenne a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global. Et ce n’est pas fini. Les modèles prévoient une augmentation des températures d'ici à 2100 comprise entre + 2,6 et + 3,9°C et jusqu’à 4,2°C au-dessus de 1.500 mètres... Les glaciers alpins ont déjà perdu entre 20 et 30% de leur volume depuis 1980 et pourraient voir leur volume régresser à nouveau de 30 à 70% d'ici à 2050 !

Conséquence directe de ces changements, le régime hydraulique de la plupart des grands fleuves européens est en train de se modifier. Selon les experts, on devrait observer, en moyenne, d'ici 2100, une augmentation de 20% des débits en hiver, mais une réduction de 17% au printemps et jusqu'à 55% des débits en été, surtout au Centre et au Sud des Alpes. Dans les Alpes du sud, le niveau des aquifères pourrait baisser de 25%. Or, la régularité du débit de ces fleuves est déterminante pour l'alimentation en eau potable des populations comme pour le développement économique, y compris dans les plaines. C’est pourquoi la gestion de l'eau dans les hauts bassins versants est devenue un enjeu stratégique.

Et c’est dans ce contexte, déjà passablement inquiétant, qu’intervient, le deuxième facteur : celui du boom de l’enneigement artificiel, dû à la baisse de l’enneigement naturel. D’après Météo-France, entre 1880 et 2012, le stock neigeux printanier sur tous les massifs de haute montagne, s’est réduit en moyenne et par décennie, de 20 kg/m². En moyenne montagne, dans le massif de la Chartreuse par exemple, l'épaisseur moyenne de neige qui était d'environ 150 cm en 1961, n'était plus que d'environ 85 cm en 2001. Et entre 1990 et 2017, elle aurait à nouveau baissé de 39 cm.

Confrontées à ces phénomènes, les stations de montagne se sont adaptées en s’équipant de canons à neige, gros consommateurs d’eau et d’énergie, dans l’espoir de maintenir le niveau de leurs activités touristiques. Ainsi, au cours des 10 dernières années, le taux de couverture des domaines skiables en neige de culture a progressé de 16 points, passant de 19 % à 35 %.

Bien évidemment, ce recours aux canons à neige a un impact important sur la ressource : il faut 1 m3 d’eau pour produire 2 m3 de neige de culture, soit 4.000 m3 pour mettre temporairement à la disposition des skieurs un hectare recouvert d’une épaisseur de 60 cm de neige.

La Cour des comptes s’était émue du problème lors de son rapport annuel 2018, observant que la neige de culture s’était généralisée avec un taux d’équipement des stations de 32 %, en nette progression car « conforté par des politiques publiques facilitatrices ». La Cour s’était prononcée pour la recherche d’un développement plus équilibré et plus soutenable, lui-même conditionné par une solidarité renforcée entre les territoires.

Une solidarité des plaines vers les montagnes, qui devra obligatoirement passer par la reconnaissance du rôle stratégique des politiques de gestion de la ressource en altitude.