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Plus de 700 conférenciers ont participé du 25 au 28 juin dernier, à la 6ème édition de Novatech qui a su s'imposer en quelques années seulement, comme l'une des plus grandes conférences mondiales dans le domaine de la gestion des eaux urbaines par temps de pluie. Depuis la première édition en 1992, bien des choses ont changé : la gestion urbaine des eaux par temps de pluie est désormais au c'ur des préoccupations de tous, du citoyen au plus haut responsable politique. Améliorer sa gestion, notamment en milieu urbain, est l'un des principaux enjeux d'un développement maitrisé et durable. Bernard Chocat préside le comité scientifique de Novatech. Il dresse pour nous un premier bilan des principaux enseignements de Novatech 2007.

L?eau, l'industrie, les nuisances : Quel bilan tirez-vous de l'édition 2007 de Novatech en terme de participation ? Bernard Chocat : Novatech 2007 a accueillit 712 participants alors que nous en attendions 600. Au plan quantitatif, c'est un premier motif de satisfaction. Mais le succès de Novatech ne se résume pas à cela. Plus de 300 visiteurs étrangers en provenance de 40 pays déférents avec notamment de grosses délégations en provenance de l'Allemagne, du Danemark ou encore de l'Australie, ont fait le déplacement ce qui traduit bien le rayonnement international de cette manifestation. La répartition très équilibrée des participants est également un sujet de satisfaction puisque la manifestation permet de fédérer un tiers de chercheurs, un tiers d'entreprises privées et un tiers de collectivités territoriales et administration. Enfin, je note que 462 participants, soit les ¾ du nombre total des inscrits, se sont inscrits pour les 3 jours, ce qui traduit bien l'intérêt des participants pour l'ensemble des thèmes traités. E.I.N. : Quelles sont les tendances qui ont marqué Novatech 2007 ? B.C. : La première tendance confirme ce que nous avions pu observer lors des éditons précédentes : la gestion de l'eau de pluie en ville est de plus en plus souvent prise en charge par d'autres que les techniciens de l'eau, en particulier ceux qui s'occupent de la ville : les urbanistes, les architectes, les paysagistes et les aménageurs. Ce n?est pas à proprement parler une nouveauté, mais la montée en puissance de ce phénomène est impressionnante. On voit émerger un public d'aménageurs qui ne sont pas des techniciens de l'eau au sens strict du terme mais qui s'impliquent désormais fortement dans la gestion de l'eau de pluie en ville. E.I.N. : Comment expliquer ce phénomène ? B.C. : Le regard porté sur les eaux pluviales urbaines a changé et ces eaux sont progressivement passées du statut de menace et de déchet dont il faut se débarrasser à celui de ressource qu'il faut récupérer et d'élément de valorisation de la ville. Cette évolution, qui représente pour nous un grand motif de satisfaction, n?est pas tout à fait le fruit du hasard. C?est le message que nous cherchons à faire passer depuis plusieurs années : L?eau à une valeur en terme de paysage, une valeur d'usage qu'il faut s'attacher à valoriser. De plus, au plan économique, il est bien plus avantageux d'aménager un quartier en tenant compte dès sa conception de la gestion de l'eau plutôt que d'aménager un quartier in abstracto avant de construire ensuite, et à grands frais, les infrastructures destinées à le protéger des inondations. Je pense que les aménageurs ont pris conscience du poids financier généré par les inondations. Lorsque que l'on examine les statistiques liées à l'application de la loi sur les catastrophes naturelles, on s'aperçoit que 75 % des déclarations de sinistres résultent directement des inondations et sur ces trois quarts, trois autres quarts sont des inondations urbaines' E.I.N. : Quelles sont les avancées observées en matière de traitement des eaux pluviales ? B.C. : Novatech 2007 a été l'occasion de constater d'importantes avancées sur des techniques pas forcément nouvelles comme par exemple les filtres plantés de roseaux. C?est une technique rustique dans sa conception puisque finalement, elle consiste à recréer une zone humide artificielle, mais en pratique, c'est un procédé de traitement beaucoup plus technique qu'il n?y parait de par l'ingénierie que nécessite ce type de dispositif. La façon dont fonctionne le filtre, qui devient une véritable petite usine d'épuration avec une zone aérobie et une zone anaérobie, l'importance du choix des espèces végétales pour favoriser les symbioses font que le procédé est devenu très pointu. Heureusement, les connaissances scientifiques ont beaucoup progressé sur ce genre de dispositif ce qui permet de mieux les mettre en ?uvre et de les rendre encore plus efficaces. La France est en pointe sur le sujet grâce à quelques sociétés comme par exemple SINT qui a su développer ces dernières années une compétence très intéressante sur le sujet. C?est une vraie révolution qui se dessine, car jusqu'à présent l'assainissement a toujours consisté à drainer les marécages et les zones humides, alors que là, nous sommes entrain de les recréer ! E.I.N. : D?autres avancées notables ? B.C. : Toujours en matière de techniques de traitement des eaux pluviales, nous avons observé de gros progrès sur l'aspect décantation. Cela se traduit par une progression des connaissances sur la manière dont les particules se décantent et par une meilleure appréhension de la façon dont elles évoluent dans le bassin de décantation. Même chose sur les bassins d'infiltration et sur le colmatage. Nous avons noté des avancées significatives sur les phénomènes physiques qui entrent en jeu et qui laissent penser qu'une amélioration de la conception des dispositifs à très court terme est envisageable. Cela devrait se traduire par des préconisations techniques dans les mois qui viennent. E.I.N. : La récupération des eaux pluviales est une pratique en vogue depuis quelques mois. Pensez-vous qu'elle puisse constituer une solution en matière de gestion de la rareté de l'eau ? B.C. : Une table ronde a permis de confronter les points de vue français et étrangers sur le sujet, en particulier dans le cadre du nouveau groupe de travail créé par l'IWA sur ce thème. Ce qui est apparu, c'est la généralisation des pratiques de récupération partout dans le monde selon des modalités et des finalités très différentes. En France, la récupération reste assez basique : quand on parle récupération, on raisonne à l'échelle individuelle en pensant citerne en bas de la gouttière. Novatech a été l'occasion de découvrir des expériences de récupération très différentes en fonction des problématiques locales. Un participant indien a par exemple décrit l'intérêt de la récupération des eaux de toitures, la ressource la plus propre au Bangladesh ou en Inde. Et, plutôt que de les stocker dans des citernes, il proposait de les stocker dans des nappes artificielles pour ne pas risquer d'être altérées par des pollutions bactériologiques. Là-bas, une autre façon de récupérer consiste donc à réalimenter les nappes. Autre expérience intéressante, la Floride, ou l'on stocke la pluie annuelle dans des grands bacs installés sous les trottoirs dans lesquels la végétation vient puiser ces besoins. La capacité de stockage est très importante car elle est égale à toute l'eau qui tombe sur les trottoirs en une année. L?intérêt de cette pratique est triple : c'est bien moins cher que de construire un système d'assainissement traditionnel, cela évite de consommer de l'eau pour arroser la végétation, et le fait de favoriser l'évapotranspiration de la végétation permet de climatiser la rue. E.I.N. : Quelles conclusions tirez-vous de Novatech 2007 ? B.C. : Une prise de conscience importante a eu lieu : elle est liée à l'impact des rejets par temps de pluie sur la qualité des milieux dans l'optique de la DCE. L?idée selon laquelle nous n?atteindrons pas les objectifs de la DCE sur beaucoup de milieux récepteurs si l'on ne traite pas les eaux de temps de pluie s'est imposée. Ceci est apparu de façon extrêmement claire et pour beaucoup de polluants : les matières en suspension, l'azote, les pollutions bactériologiques en particulier les contaminations des zones de baignade, les 37 substances prioritaires de la directive... On commence à disposer d'éléments chiffrés sur l'origine des polluants et sur le fait que pour certains, c'est la ville qui est la clé du respect des objectifs imposés par la DCE.