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Edito

Excès de précipitations et déficit hydrologique : l’un ne compense pas l’autre.

05 decembre 2023 Paru dans le N°466 à la page 3 ( mots)

Retour des précipitations et mise en dormance de la végétation : pour le régime hydrologique, l’automne est normalement une période de transition durant laquelle les nappes souterraines commencent à se recharger après les prélèvements de l’été.

Cette transition a commencé tardivement cette année puisque septembre et la première quinzaine d’octobre ont été particulièrement chauds et secs. Et puis, de mi-octobre à mi-novembre, il a plu sans discontinuer durant 32 jours avec un cumul de précipitations qui, selon Météo France, constitue un record sur un mois glissant. Cet épisode inédit pourra-t‑il compenser le déficit d’eau en sous-sol que nous subissons depuis plusieurs années déjà, avec les contraintes que cela implique sur l’usage de l’eau? Non, si l’on en croit le BRGM. 

Cet organisme a mis en ligne la situation hydrogéologique au 1er novembre 2023, dernier point mensuel disponible à ce jour. Et le constat est clair : malgré une tendance à la hausse, essentiellement dans les nappes réactives du Nord de la France, les niveaux des nappes souterraines en octobre sont restés inférieurs aux normales mensuelles dans 65% des points d’observation. Il sont même « très bas » dans 18% des cas. La recharge des nappes dépendra de ce qui se passera cet hiver – que Météo France prévoit chaud et humide, en tout cas dans l’Ouest de la France – et même au printemps 2024, mais ne nous faisons pas d’illusion : ce déluge de début d’automne n’a pas réglé les problèmes chroniques. 

Il aura pourtant eu des conséquences plus immédiates : des inondations catastrophiques dans les Hauts de France. C’est l’occasion de rappeler que, outre les habitations et les activités économiques, les inondations mettent en danger les usines d’eau potable, les réseaux et les STEU. Autrement dit, l’eau menace – aussi – les services de l’eau. Face à ces situations d’urgence, il faut pouvoir mettre en place les moyens de réagir, comme le montre un dossier dans ce numéro.

Et pourquoi ne pas utiliser ces eaux excédentaires en surface pour recharger les nappes souterraines ? Ce n’est pas si simple, comme l’a rappelé récemment l’hydrogéologue Alain Dupuy, de l’Institut Polytechnique de Bordeaux, au micro de France Info. Tout d’abord, ces eaux de ruissellement, chargées de polluants divers, n’ont pas la qualité minimale requise pour recharger des nappes « propres ». L’Anses a depuis plusieurs années déjà énuméré les risques d’une telle opération et posé des conditions sanitaires. De plus les particules diverses charriées par les eaux de ruissellement risquent tout simplement de colmater les pores du sol, bloquant ainsi toute infiltration. Les stocker en surface pour les laisser décanter avant de les infiltrer exigerait par ailleurs des surfaces difficiles à trouver. La recharge de nappes, actuellement expérimentée en France à bien moindre échelle, avec de l’eau claire et d’une qualité contrôlée, reste une opération délicate… 

En l’état actuel des choses, comme le rappelle le BRGM, « l’unique solution pour préserver l’état des nappes, et ainsi maintenir la continuité entre eaux souterraines et eaux superficielles, est de limiter les prélèvements en eau ». A cette aune, allons-nous voir apparaître des tensions sur l’utilisation des réserves ? A l’échelle nationale, la controverse autour des « mégabassines » en est un premier exemple. Sans aller jusqu’à parler de tensions, des discussions sont engagées depuis des années, et seraient enfin sur le point d’aboutir, entre la Suisse et la France pour coordonner l’usage des eaux du Rhône.

Patrick Philipon