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Entreprises

Elidreo déploie sa technologie de détection des polluants

13 février 2026 Paru dans le N°489 ( mots)
© Elidreo – Audrey Catteau, cofondatrice et présidente d’Elidreo.

La technologie de biosurveillance de la qualité chimique et microbiologique de l’eau, développée par la jeune pousse, est issue de travaux de recherche de l’Université de Reims Champagne-Ardenne.

Dans un contexte caractérisé par des alertes régulières sur la pollution de l’eau des rivières et des fleuves, il devient essentiel de mieux comprendre cette contamination sur la durée. Or les analyses réglementaires, surtout chimiques et microbiologiques, affichent leurs limites face à la complexité des milieux, d’où l’importance croissante de la biosurveillance. La jeune pousse française Elidreo vient de mettre en œuvre, pour la première fois, sa technologie de détection des polluants par biosurveillance sur plusieurs sites en France.

Les sites retenus sont la région parisienne, pour évaluer la contamination virale de l’eau dans le cadre du programme MeSeine Innovation du SIAAP[1], et la Normandie, pour évaluer l’impact du clapage de sédiments issus du dragage nécessaire à la navigation avec Haropa[2]. Issu de travaux de recherche menés au sein de l’unité Stress environnementaux et biosurveillance des milieux aquatiques (Sebio – UMR-I 02), rattachée à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Elidreo utilise la dreissène (dreissena polymorpha) – une moule zébrée d’eau douce – , pour détecter plus facilement les polluants dans l’eau et pour observer leurs effets sur la santé des organismes.

Pour Audrey Catteau (voir photographie), cofondatrice et présidente de la start-up, « Elidreo est né de la volonté de mettre à disposition des acteurs de l’eau un outil scientifiquement robuste, capable de mieux rendre compte de la réalité des contaminations et de leurs effets sur le vivant. Il existe déjà des outils pour évaluer la qualité de l’eau, mais certaines molécules polluantes, trop faibles en concentration, y échappent. Les dreissènes, elles, sont capables de filtrer l’eau et, donc, de concentrer les polluants dans leurs tissus, y compris certains contaminants microbiologiques comme des indicateurs viraux et des bactéries ». Ces moules zébrées ont aussi l’avantage d’être une espèce résistante à des température d’eau relativement élevées.

Une vision de la pollution sur une longue durée

L’approche d’Elidreo, développée avec l’appui de la SATT Nord, repose sur la biosurveillance active : l’entreprise déploie ses propres moules zébrées standardisées dans les milieux à évaluer, plutôt que de prélever des organismes directement dans l’environnement. Cette stratégie permet de disposer d’organismes physiologiquement comparables au moment du déploiement, facilitant ainsi l’interprétation des résultats et renforçant la fiabilité des analyses. Captées dans un lac, les dreissènes sont placées dans des conditions contrôlées – en température, en alimentation, en qualité de l’eau – en laboratoire afin d’éliminer d’éventuels polluants accumulés et de stabiliser leur physiologie.

Une fois prêtes, les moules zébrées sont déployées dans les sites à surveiller, exposées pendant une à trois semaines, en fonction de la situation, puis récupérées et analysées. Par rapport aux analyses chimiques classiques, la dreissène fournit une vision de la pollution dans l’eau sur une longue durée : elle accumule les contaminants sur toute la durée d’exposition, là où un prélèvement d’eau ne donne qu’une photographie instantanée. Parce qu’elle repose sur un organisme vivant, l’approche permet de coupler l’analyse des contaminants à l’évaluation de l’état de santé des dreissènes, afin d’apprécier la toxicité de l’eau et les effets cocktail de la pollution.



[1] Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne.

[2] Établissement public de l’État (Epic) du port fluvio-maritime entre Rouen, Le Havre et Paris.