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Les phosphates présents dans les eaux usées asphyxient les rivières. Mais au même moment, on craint de manquer de phosphates pour produire les engrais car les mines sont en voie d'épuisement au niveau mondial. Transformer les rejets polluants en engrais efficaces, c'est le pari d'un groupe de scientifiques dont Mathieu Sperandio, enseignant-chercheur à l'INSA de Toulouse, qui a imaginé avec son équipe un procédé biologique original.

Une présence excessive de phosphates dans l'eau peut provoquer une prolifération d'algues qui asphyxient lacs, rivières et bords de mer. Pour limiter ces pollutions, les effluents provenant des élevages, des usines agro-alimentaires et les eaux urbaines sont traités avec des sels métalliques qui précipitent le phosphore et purifient donc l'eau. Mais les boues obtenues ne sont pas valorisées comme on pourrait l'espérer car elles contiennent des métaux potentiellement polluants, et sont très difficiles à déshydrater donc lourdes et coûteuses à transporter. Dans un contexte de raréfaction rapide des ressources naturelles en phosphates (les mines marocaines qui constituent 40% des réserves mondiales seront épuisées en 2040, les mines chinoises et américaines servent essentiellement aux marchés intérieurs de ces pays), l'enjeu est aujourd'hui de tirer parti des effluents pour produire des engrais sans dangers pour l'environnement et d'une utilisation plus aisée. Une équipe du Laboratoire d'ingénierie des systèmes biologiques et des procédés (LISBP), menée par Mathieu Spérandio, professeur à l'INSA de Toulouse, a mis au point et fait breveter un nouveau procédé prometteur. « Au lieu d'utiliser des sels métalliques, nous traitons les eaux usées avec du calcium ou du magnésium et la précipitation est induite par des granules microbiens. L?activité des bactéries permet d'immobiliser au c'ur des granules des cristaux de phosphate minéral, denses, stables et faciles à déshydrater donc à stocker », explique Mathieu Sperandio. Les travaux de l'équipe ont été soutenus par l'Agence Nationale de la Recherche. La Région Midi-Pyrénées finance des actions complémentaires pour optimiser la fabrication des granules microbiens. Le procédé, co-breveté avec la société Valbio, est actuellement en cours de test à échelle industrielle pour le traitement des effluents d'une fromagerie de Côte d'Or. « Nous avons pris contact également avec le Pôle de Compétitivité Agrimip Innovation afin de repérer les demandes spécifiques des agriculteurs en matière d'engrais. Toute une filière est à construire », observe Mathieu Sperandio.