Your browser does not support JavaScript!

Dans le cadre d'un rapport publié le 10 juin dernier sur les risques sanitaires liés aux piscines réglementées ouvertes au public, l'Agence Française de Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail (devenue l'Anses depuis sa fusion avec l'Afssa) s'inquiète des risques liés à la formation des sous-produits de la désinfection comme les trichloramines ou le chloroforme et appelle à une révision de la réglementation.

Les piscines visées par l'Afsset sont les 16.000 piscines destinées à un usage sportif ou de loisir qui accueillent quelque 25 millions de baigneurs par an. Malgré un taux satisfaisant de conformité à la réglementation notamment en matière de qualité microbiologique, l'Afsset s'inquiète du risque chimique jugé prépondérant dans les piscines françaises : les produits de désinfection de l'eau (chlore, brome, ozone, etc.) se recombinent avec la matière organique apportée dans l'eau par les baigneurs et forment des sous-produits comme les trichloramines ou le chloroforme. Ces composés peuvent atteindre des taux susceptibles d'entraîner des troubles respiratoires, cutanés et oculaires chez les personnes qui fréquentent les piscines, à commencer par les plus réguliers d'entre eux, les maitres nageurs et les personnels d'entretien et d'accueil. Pour diminuer la formation et la concentration de ces polluants, l'Afsset appelle à un renforcement de l'hygiène corporelle, pour réduire l'apport de matière organique et de pathogènes mais aussi à une meilleure maîtrise des traitements. Dans le domaine du traitement de l'eau, l'agence préconise de généraliser les étapes de coagulation en amont de la filtration et de mettre en place le suivi de nouveaux indicateurs d'efficacité, tels que la mesure de la turbidité et des spores de bactéries anaérobies sulfito-réducteurs. S?agissant de l'eau des piscines désinfectées par le chlore stabilisé, l'Afsset recommande une concentration comprise entre 2 et 4 mg.L-1 en chlore disponible. Dans le cas des piscines désinfectées par le chlore non stabilisé, afin de réduire les taux de sous-produits de chloration dans l'eau et dans l'air, une diminution du taux maximal de chlore est jugée envisageable si les règles d'hygiène sont rigoureusement appliquées et la surveillance de la qualité de l'eau est renforcée (installation de dispositifs d'enregistrement en continu et régulation automatique de la teneur en désinfectant et du pH). En ce cas, il parait possible aux expert de l'Afsset d'appliquer les seuils proposés par la norme allemande (0,3 ? 0,6 mg L-1). Concernant les autres désinfectants autorisés (brome, ozone, PHMB), les auteurs du rapport indiquent qu'il n?est pas possible actuellement de se prononcer sur les valeurs réglementaires en vigueur, l'absence de données d'exposition ne permettant pas d'évaluer les risques associés à ces produits. « Cependant, les données de la littérature montrent que certains sous-produits peuvent entrainer des effets délétères sur la santé, il conviendrait donc d'en tenir compte ». S?agissant de l'apport d'eau neuve, l'Afsset recommande le maintien du volume de 30 litres par baigneur et par jour, comme le prescrit la réglementation actuelle. Le renouvellement quotidien de l'eau des pédiluves et des pataugeoires est préconisé. De plus, il est recommandé d'appliquer les durées de recyclage de l'eau, telles que prescrites dans l'article D1332-6 du CSP, pour tous les bassins, quelle que soit leur surface. Concernant les produits dont l'usage en piscine n?est pas encadré par la réglementation, tels que les algicides et les produits de nettoyage, l'Afsset préconise que soit délivrée par les instances compétentes, une autorisation préalable à leur utilisation en piscine collective. Dans le domaine de l'air, les experts prônent l'instauration d'un suivi de la qualité de l'air et demande le classement des piscines couvertes dans la catégorie des « bâtiments à pollution spécifique » ce qui entraînerait l'obligation de maintenir un débit minimum d'air neuf (60 m3 par heure et par occupant). De plus, l'Afsset recommande d'intégrer au contrôle sanitaire le suivi de la trichloramine dans l'air avec une valeur limite de 0,3 mg.m-3, la température de l'air, l'hygrométrie, le débit de ventilation et le débit d'air neuf, un contrôle annuel des centrales de traitement de l'air. L?agence propose également de mettre en place des protocoles adaptés pour le nettoyage des surfaces et l'entretien des locaux. Ces milieux n?étaient pas pris en compte jusqu'ici par la réglementation. Elle recommande enfin d'instaurer un autocontrôle continu obligatoire dans les piscines. Ces deux points bien maîtrisés permettraient de diminuer sensiblement la concentration en désinfectants dans l'eau (jusqu'aux niveaux de la réglementation allemande, soit 0,3 à 0,6 mg/L pour le chlore) et de faire chuter en même temps les taux de polluants, sous-produits de désinfection. Ce rapport de l'Afsset a été réalisé à la demande des ministères en charge de la santé et de l'écologie dans le but d'engager une refonte de la réglementation concernant les eaux de baignades. Il devrait être prochainement complété par une évaluation des risques sanitaires liés aux piscines dites « atypiques » (thalassothérapie, bains à remous, piscines thermo-ludiques, etc.) dont les conclusions devraient être présentées en 2011, ouvrant ainsi la voie à une révision de la réglementation. Pour consulter le rapport de l'Afsset, cliquez ici