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On se souvient que lors d'un déplacement en Poitou-Charentes, peu avant l'été, le Président de la République avait annoncé des aides aux agriculteurs alors confrontés à une sécheresse particulièrement sévère qui contraignait certains d'entre eux à abattre leurs troupeaux faute de pouvoir les nourrir. La préparation d'un plan à 5 ans sur la gestion de l'eau en agriculture avait également été annoncée pour tenter d'assurer un équilibre pérenne entre les besoins et les ressources en eau disponibles dans un contexte marqué par des sécheresses récurrentes mais aussi dans la perspective du changement climatique. Car les projections les plus récentes anticipent une baisse des précipitations estivales ainsi que des sécheresses plus fréquentes et plus intenses. Parallèlement, la hausse attendue de 2°C des températures accentuera les phénomènes d'évaporation. Ceux-ci provoqueront un déficit estimé à 2 milliards de m3 par an à l'horizon 2050, une baisse des écoulements des cours d'eau de 15 à 30 %, un réchauffement des cours d'eaux et des tensions sur les rejets thermiques industriels avec, en corollaire, une hausse de la température des rivières. L'adaptation au changement climatique impose donc de favoriser dès maintenant les économies d'eau tout en s'intéressant à la création de nouvelles ressources. C?est d'ailleurs l'objet du plan national d'adaptation au changement climatique, rendu public en juillet dernier, qui fixe pour objectif une diminution des consommations d'eau de 20% d'ici 2020 tout en prévoyant explicitement une relance de la construction de retenues de substitution « lorsque cela s'avère nécessaire ». Le nouveau plan dédié à la gestion de l'eau en agriculture et présenté conjointement le 16 novembre dernier par les ministres de l'écologie et de l'agriculture reprend, en apparence, ces deux exigences au travers de deux volets. Le premier concerne l'augmentation des ressources avec la relance de la création des retenues « dès lors qu'elles ne conduisent pas à une remise en cause des objectifs de la directive cadre européenne sur l'eau ». Des aides financières de l'Union européenne (15 M?) et des agences de l'eau (75 M?) devraient permettre d'augmenter les capacités de stockage supplémentaire de 40 millions de m3 dans les 5 ans. Des aménagements législatifs et réglementaires seront réalisés au cours du premier trimestre 2012 pour favoriser l'émergence et la réalisation de projets de retenues. Les compétences des chambres d'agriculture devraient être étendues pour leur permettre d'assurer la maîtrise d'ouvrage des retenues d'eau. Le second volet du plan, nettement plus vague dans ses objectifs et aléatoire dans ses moyens que le premier, vise à favoriser une utilisation plus rationnelle de l'eau. Il prévoit ainsi une réduction des volumes d'eau prélevés sur 14 000 hectares, c'est-à-dire presque rien, en implantant des cultures « plus économes en eau ». Il indique que des actions visant à améliorer l'efficience des systèmes d'irrigation seront également soutenues, sans préciser ni lesquelles ni comment. Il affirme que l'effort de recherche sur la diversification des cultures pour l'économie d'eau sera poursuivi sans fixer ni objectif, ni calendrier. Difficile d'être plus vague?. Que faut-il en conclure ? D?abord que le principe d'une relance des retenues d'eau, revendication essentielle des agriculteurs, est acquis. Les modalités en sont désormais connues. Ensuite que l'objectif qui consiste à favoriser une utilisation plus rationnelle de l'eau relève, pour le moment, du v?u pieux. Car même si la création de ressources nouvelles peut être localement légitime, elle risque, en pratique, de rendre inutile une modification des pratiques. Pire, elle peut même devenir le moyen de poursuivre, voire de renforcer une utilisation irraisonnée de l'eau en dispensant au final le modèle agricole français de s'adapter aux ressources en eau naturellement disponibles.