Your browser does not support JavaScript!

Fin septembre à Megève se sont tenus le 3ème Congrès international des hauts bassins versants et la réunion Euro-Riob 2010. L?occasion de favoriser des réflexions indispensables au niveau européen pour que tous les pays avancent ensemble et définissent des stratégies de terrain. Et un auditoire international avec des représentants russes, étatsuniens, chinois et africains.

Ce n?est pas quand les glaciers alpins auront complètement disparu qu'il faudra commencer à réfléchir aux conséquences du réchauffement climatique. Il faut anticiper dès maintenant la variation de la ressource et imaginer des utilisations de l'eau plus économes et concertées entre les différents besoins. Le constat du changement climatique a été rappelé par Dominique Raynaud du CNRS, scientifique du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Tout le monde a entendu parler du réchauffement global, mais Dominique Raynaud a souligné son caractère variable selon les régions, notamment polaires et de montagne. Car en montagne, l'effet est amplifié, presque double de la moyenne. Reinhard Böhm, de l'Institut central de météorologie et géodynamique de Vienne, a confirmé ce réchauffement grâce aux observations et mesures de températures depuis 1850 dans les Alpes. Le maillage des observations est aujourd'hui très fin grâce aux 500 sites du réseau Histalp. Laszlo Kothay, du Ministère hongrois du développement rural et président mondial du RIOB, le Réseau International des organismes de bassin, de 2007 à 2010, a rappelé les fortes inondations que son pays a connu au printemps 2010, soulignant la répétition des épisodes extrêmes et l'effet bénéfique des bassins de rétention pour limiter les pics de crue à condition de bien gérer, à quelques heures près, le remplissage et le vidage de ces bassins qui doivent être de toutes tailles pour adapter cette solution au bassin versant. Marcel Saddier, député et président de la Commission permanente du Conseil National de la montagne, a pointé les caractéristiques du milieu montagnard actuel : réchauffement confirmé, accroissement des usages de l'eau en quantité et en diversité, fortes variations saisonnières du nombre d'habitants et des consommations. « On ne peut pas prolonger ce modèle de développement dans les 30 ans à venir ! » a-t-il indiqué. Heureusement, sur le terrain, les acteurs commencent à se coordonner avec les contrats de rivière et autres structures intercommunales de gestion de l'eau et des usages (pêche, utilisation des berges à vélo, patrimoine hydraulique etc). La pertinence de la gestion par bassin est avérée, il faut aussi qu'elle se structure à l'échelon supérieur avec, au premier rang, les Alpes et ses 8 pays. C?est ce qui se met en place avec l'ACP, l'Alpine Space Program, qui couvre la période 2007/2013 avec 25 projets internationaux en cours. Les constats physiques (géographique, météorologique?) posés, comment décliner cela dans l'économie ? Il est certes utile de souligner que les risques sont multiples (avalanches, glissements de terrain, inondations) mais que faire des zones concernées : aménagées ou réservées, avec quel niveau de risque ? Des expériences diverses, toutes réussies, dans les Alpes et ailleurs, Crans-Montana, Telluride (USA Rocheuses), SAGE Drac Romanche? ont validé des solutions même si elles ne sont pas toujours transposables sauf pour ce qui concerne la concertation et le temps nécessaire à leur mise en ?uvre. Un grand absent de ces réflexions : les assurances, qui pourraient amener des idées sur les expositions aux risques, la prévention, la valeur des terrains et biens exposés aux risques. Et un constat : les mesures à prendre coûtent très cher. En écho aux préoccupations de terrain, les discussions au sein d'Euro-Riob ont montré la révolution provoquée par la directive cadre sur l'eau au sein des Etats dont certains ont dû revoir profondément leur organisation ; d'où des retards prévisibles à l'application effective de la directive reconnue comme un cadre efficace. Mais c'est le seul exemple au monde où 29 pays (27 plus la Suisse et la Norvège) s'engagent sur des objectifs et une période précise. Mais la DCE entre parfois en conflit avec des directives connexes comme celles sur les inondations, les risques, sans parler de l'interaction directe entre eau et énergie (hydroélectricité), deux ressources décisives pour l'avenir. La gouvernance de l'eau va devoir s'affirmer? L?importance des hauts bassins de montagne s'est confirmée, en partant de rien il y a 8 ans lors des 1er Etats généraux pour devenir une réalité prise en compte au niveau mondial comme l'ont souligné Walter Mazzitti, Conseiller au Cabinet du Président du conseil italien, Pierre Roussel et Jean François Donzier, respectivement et président et directeur général de l'Office International de l'Eau : « En 2002, on parlait peu du changement climatique, on savait que tous les grands bassins européens étaient alimentés majoritairement par la montagne mais on n?en tirait pas les conséquences. » Cette thématique de l'eau en montagne sera inscrite au prochain Forum Mondial de l'eau à Marseille en 2012.