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Depuis 2003, l'île de Sein produit son eau potable à l'aide d'une unité de désalinisation alimentée par des groupes électrogènes fonctionnant au fioul. Une solution coûteuse qui l'a amenée à étudier de nouvelles solutions moins énergivores. La technologie fournie par SLCE met en ?uvre un procédé novateur réduisant de 62% la facture énergétique du traitement.

Située à l'extrême-ouest de la Bretagne, l'île de Sein (29) n?est pas électriquement raccordée au continent en raison de courants trop puissants et de fonds rocheux dommageables aux câbles. Ses groupes électrogènes installés à l'intérieur du phare blanc et noir emblématique de l'île consomment 420 000 litres/an. Sein ne dispose pas non plus de ressources en eau douce. Ce qui fait d'elle la seule commune de France à être approvisionnée en eau potable à partir d'eau de mer traitée par dessalement. A 6,8 ? le m3 d'eau douce, Les Sénans qui vivent sur une superficie de 50 hectares, ont toujours su se montrer économes : 50 l/j/habitant contre 120 l/j/habitant pour le reste de la Bretagne. Jusqu'en 2003, l'île était approvisionnée par un bouilleur à évaporation très gourmand en énergie. Sa consommation énergétique quotidienne s'élevait à 115 kW pour produire 40 tonnes d'eau potable. Mais une rupture dans la distribution d'eau au cours de l'été 2001 (de 250, sa population passe à 1.500 en période estivale) a conduit la commune à réfléchir à de nouvelles solutions. Après une étude MDE (Maîtrise de l'énergie) financée par l'Ademe Bretagne, EDF Bretagne et la Région, un appel d'offres a été émis par la DDE Finistère en 2002. L?entreprise SLCE (Société lorientaise de construction électromécanique) qui fabrique des petits systèmes d'osmose inverse pour produire de l'eau potable à partir d'eau de mer a finalement été retenue. Le dessalement en plein essor Cette Pme de 20 personnes basée à Lorient (56) a démarré en 1987 en se spécialisant dans la production de petits appareils de dessalement d'eau de mer destinés à la plaisance, puis aux bâtiments militaires et de pêche. Leur gamme s'arrête pour le moment à 500 tonnes/jour -deux unités de cette capacité ont été installées à Belle-Ile en mai 2006. Patrick Riot, le directeur technique, exprime la volonté de l'entreprise d'atteindre prochainement une production de 1000 t/jour d'eau douce pour ses modules de dessalement. « Les chiffres au-delà de 1 000 m3/jour étant réservés aux plus gros' » souligne-t-il. Il cite pour exemple l'unité d'Al Hama en fin d'installation en Algérie (200 000 m3/jour) confiée majoritairement à GE Ionics (USA) et celle d'Ashkelon au sud de Tel Aviv, la plus grosse usine de dessalement au monde à osmose inverse (320 000 m3/jour), réalisée par Veolia. Un osmoseur dans l'ancienne écloserie de homards Le module SH61-808 de l'île de Sein fonctionne également sur le principe de l'osmose inverse. «Cette technologie est utilisée dans le monde entier » explique Patrick Riot qui tient à faire remarquer par ailleurs la « fabrication bretonne » de son osmoseur. Ce procédé membranaire produit 80 t/j d'une eau douce dont la turbidité est toujours inférieure à 0,1 NTU. Pour assurer cette production, la puissance consommée est de 25 Kw. L?eau de mer est prélevée par une pompe de gavage (2 bar) au rythme de 10m3/h. Après une pré-filtration sur sable, elle subit une phase décantation dans les bassins de l'ancienne écloserie de homards dans laquelle a été installé le module. Le flux est ensuite conduit par une pompe HP maintenue à 60 bar jusqu'aux 8 membranes semi-perméables (8?X40?) de l'osmoseur. Elles retiennent 99 % des éléments minéraux et 100 % des molécules organiques et colloïdales les plus fines, inertes ou vivantes. La dernière phase consiste en un post-traitement de remise à l'équilibre de l'eau et une chloration avant stockage. La consommation de l'osmoseur SH61-808 s'élève à 8,3 kWh par mètre cube d'eau produite soit, pour l'île, 2,5 l de fioul entraînant un rejet de 7,7 kg de CO2. Ce chiffre important s'ajoute au faible rendement de la production d'eau douce en regard de l'eau de mer traitée : 0,3 l pour 1 l, le reste -0,7 l- étant rejeté en saumure à une pression de 58 bar. Autre problème : cette technologie s'avère elle aussi très énergivore puisque sur les 1.450 MWh d'électricité consommés chaque année à Sein, 10% sont utilisés pour la désalinisation de son eau. Afin de réduire la dépendance de l'île aux énergies fossiles et diminuer ses coûts de production d'électricité, une vaste opération d'économie d'énergie vient d'être menée par les mêmes partenaires (Région, Ademe, EDF). Une nouvelle génération d'osmoseurs Cette opération a entraîné, en autres, le choix d'un nouvel osmoseur moins gourmand sur le plan énergétique. Cette nouvelle unité, le SLE 812, est dotée d'un échangeur de pression hydraulique qui permet de récupérer 95% de l'énergie contenue dans le rejet de saumure. Mis au point par une société californienne (ERI) en 2005, ce procédé a conduit SLCE à modifier le fonctionnement de ses appareils. Le process diffère à l'issue de la phase préfiltration : le flux d'eau de mer est séparé en deux. Sur un débit de 10 m3/h en entrée à 2 bar, 3 m3 sont acheminés sous 60 bar par une pompe HP trois fois plus petite que celle du SH61-808 vers les membranes. Les 7 m3/h restants sont dirigés sous la pression initiale (2 bar) vers un turbo-compresseur. Ce dernier, doté d'un rotor céramique tournant à 1 500 tours/mn entraîné par la détente de la saumure, réinjecte le flux en sortie dans le process sous une pression de 57 bar. Un booster permet de remonter la pression de cette eau de mer à 60 bar puis de la conduire vers l'osmoseur où elle va retrouver le flux non dévié. Des économies tous azimuts A Sein, pour une production égale à celle du module précédent -10 000 m3/an- la mise en ?uvre de cette technique sur le SLE 812 va permettre de réaliser une économie annuelle d'énergie produite de l'ordre 54 000 kWh, soit 62%. Ces chiffres ont incité la région Bretagne et EDF à apporter leur concours respectif à hauteur de 30 000 ? et la commune à 45 000 ? pour financer la partie énergie dévolue à cet osmoseur nouvelle génération de SLCE. Son installation, une fois la commande signée, est prévue pour la fin 2007. Les autres actions en matière de maîtrise d'énergie ont porté sur la mise en place de lampes basse consommation (1 ? à la charge du foyer équipé) et de systèmes de réduction de consommation d'eau (embouts mousseurs et pommes de douche à turbulence fournis par l'entreprise Eco-Techniques, 79 ? par foyer financé à 50% par la région). Il est également prévu de remplacer des anciens appareils de froid par des appareils classe A+ ou A++ (financé à 50 % et plafonné à 300 ? par foyer). L?ensemble devrait générer une économie d'énergie annuelle de près de 230 000 kWh, soit 15 % de la consommation actuelle de l'île.