Your browser does not support JavaScript!

Pour les collectivités locales comme pour les exploitants, les nuisances odorantes sont devenues un enjeu majeur. Chaque mois, Lionel Pourtier, expert en environnement odeurs et gaz, aborde une problématique relative aux odeurs et aux nuisances atmosphériques.

Un jour, alors que je voyageais avec mon fils de 16 ans, je lui ai posé la question « que sens-tu ? ». D?un air vexé, il me répondit du tac au tac « Je ne sens rien, je me suis lavé ce matin? ». En fait, comme nous venions de traverser un panache odorant provenant probablement d'une installation de traitement de boues de station d'épuration, je voulais voir ses capacités à identifier et à me décrire l'odeur. Cette anecdote olfactive illustre la difficulté qu'il y a pour parler des odeurs. Dans ce cas, le dialogue « que sens-tu ? », « je ne sens rien » ne permet pas de savoir si l'on se place en tant que récepteur ou émetteur. Lorsque les riverains d'un site industriel, parlent d'odeur irritante, certains évoquent des picotements associés à la perception olfactive pendant que d'autres expriment l'ire et l'énervement. Dans notre quotidien, nous disposons d'une dizaine de mots, allant souvent par paire, pour décrire notre perception olfactive (odeur forte/faible, agréable/désagréable, douce/piquante, apaisante/gênante, ?) et rapidement, nous faisons référence à notre expérience (odeur terreuse, florale, de pomme, de café, de gaz, etc.). Pour répondre à cette difficulté, les experts des bureaux d'étude proposent deux approches distinctes. L?une consiste à utiliser un langage codifié basé sur des notes odorantes caractérisées par des référents chimiques comme le font les parfumeurs (pyrogène, eugénol, camphré, etc.) (exemple « le champ des odeurs ; JN Jaubert 1983). Cette approche nécessite des formations longues et coûteuses (ou lucratives), un maintien des connaissances acquises par des entraînements répétés. Si la méthode présente des avantages indéniables, le vocabulaire utilisé dans les études est alors difficilement compréhensible par les non-initiés. La deuxième approche mise au point en 1990 (L. Pourtier) consiste à faire une étude du langage vernaculaire des populations locales et de l'utiliser pour établir un dialogue avec eux et compréhensible par tous. Par exemple, autour de la zone fortement industrialisée du Sud de Lyon, il a été montré que les habitants nommaient les odeurs avec 4 noms catégoriels : les « odeurs d'égout », les « odeurs de station d'épuration », les « odeurs chimiques » et les « odeurs industrielles ». L?analyse linguistique a montré que les odeurs d'égouts correspondaient bien à celles perçues le long du réseau d'assainissement mis en surpression par une station de relèvement en amont. Les odeurs de la station d'épuration s'apparentaient aux odeurs liées au traitement des boues. La dénomination « odeurs chimiques » caractérisaient des odeurs d'origine industrielle s'apparentant à des produits chimiques tels que ceux que l'on peut acheter soi-même (solvants, ammoniac, odorants, etc.). Quant aux odeurs industrielles, elles s'apparentent aux odeurs relatives à la pétrochimie (hydrocarbures, soufre, fumée, odeur de brulé, etc.). Aussi ces deux approches pour étudier les odeurs à partir des caractéristiques olfactives des émissions odorantes sont des outils méthodologiques complémentaires. Bien sûr, le choix de l'outil dépend de ses propriétés à répondre aux besoins exprimés. Cependant, lors d'une réunion de riverains, il paraît plus judicieux de demander à l'expert d'utiliser les mêmes termes que ceux utilisés par les habitants plutôt que de vouloir leur enseigner une langue qui leur est étrangère. Cela est d'autant plus important que les riverains d'un site ont mis des mots sur leurs maux olfactifs qu'il convient non seulement d'écouter mais aussi d'entendre.