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Pour les collectivités locales comme pour les exploitants, les nuisances odorantes sont devenues un enjeu majeur. Chaque mois, Lionel Pourtier, expert en environnement odeurs et gaz, aborde une problématique relative aux odeurs et aux nuisances atmosphériques.

Lors d'une réunion à propos des riverains mécontents à cause des odeurs émises par un complexe industriel, j?entendis des déclarations telles que : « ils (les riverains) y en a qui disent que ça sent très fort, d'autres disent que ce n?est pas fort mais que c'est irritant' » ; « Ils ne sont pas d'accord sur le moment où ils perçoivent les odeurs' » ; « Ils vont jusqu'à dire que la nuit, par temps de brouillard, nous ouvrons les vannes à odeurs, ou que nous en profitons pour faire des opérations illicites que nous ne pourrions pas faire s'ils nous voyaient ? » ; « ils se plaignent des odeurs du site même les jours où il est fermé? », ... etc. L?organisateur de cette réunion conclut ainsi : « De toutes façons, nous ne pouvons rien faire puisque la perception des odeurs est subjective ». C?est ainsi, que l'on arrête de penser ! Dans une démarche scientifique, l'hétérogénéité des données observées (perceptions des odeurs) est le début de la recherche pour permettre de comprendre et de traiter correctement les nuisances odorantes. Cette hétérogénéité, que nous pouvons appeler « variabilité » ont différentes origines qui sont les variabilités intra ou inter ou extra-individuels. La variabilité intra et inter-individuelle peut dépendre de la sensibilité (ex : trouble de l'odorat) et de l'état physiologique (faim ou satiété) du sujet, du contexte de la perception (adéquation de l'odeur avec la situation), etc. La variabilité extra-individuelle peut dépendre de nombreux facteurs explicatifs qu'il convient d'étudier (localisation du riverain, la météorologie, les états de fonctionnement du site). Par exemple, la distance d'éloignement par rapport au site peut expliquer les différences d'intensité des odeurs décrites par les observateurs. Les riverains habitant au sud du site ne percevront pas les odeurs sous les mêmes directions de vents que ceux résidant à l'est et leurs fréquences de perception ne seront pas les mêmes. Les périodes de fortes stabilités atmosphériques vont favoriser les écoulements des odeurs vers les habitations situées dans les vallons en aval du site et les perceptions seront maximales en fin de nuit. Sur un site industriel, les émissions d'odeurs varient en permanence en fonction des états de fonctionnement. L?arrivée de matières premières (ex bitumes), la mise en marche de four, l'ouverture de clapets de vapeurs odorantes, la mise en marche d'une turbine d'aération de bassin de la station de traitement des eaux, l'ouverture des portes d'un bâtiment recevant des matières odorantes, peuvent être à l'origine de bouffées odorantes que les habitants riverains perçoivent. Ainsi, c'est à travers l'étude de cette variabilité des observations olfactives que l'expert va établir les relations de causes à effets entre les perceptions d'odeurs par les riverains et les états de fonctionnement du site industriel en tenant compte des paramètres météorologiques pour déterminer les contributions des différentes sources et établir un plan d'actions correctrices. Cette approche développée en 1991 avec la « COURLY » (renommée « Grand-Lyon ») puis avec le Syndicat Interdépartemental pour l'Assainissement de l'Agglomération Parisienne (SIAAP) a entraîné la création de nombreux observatoires des odeurs pour des PME dont nous parlerons dans une prochaine chronique. Lionel Pourtier lionel.pourtier@environnement-air.fr