Your browser does not support JavaScript!

28 decembre 2014 Paru dans N°377

Pour les collectivités locales comme pour les exploitants, les nuisances odorantes sont devenues un enjeu majeur. Chaque mois, Lionel Pourtier, expert en environnement odeurs et gaz, aborde une problématique relative aux odeurs et aux nuisances atmosphériques.

Revenant d'une intervention sur le terrain, nous avions encore quelques sacs remplis d'air odorant prélevés sur un ISDND que je décidais de vider. Comme il faisait beau ce matin-là, je perçais le premier dehors pour le vider. Il contenait environ 1 litre de biogaz dont les concentrations étaient importantes mais habituelles pour ce type de sources (800 000 uo/m3 ; 3 000 ppm d'H2S). Sur ce site, nous avions estimé le débit des sources fugitives de biogaz à 450 m3/h réparti sur 10 ha ! Quelques minutes plus tard, je m'aperçus que le litre d'odeur avait complètement envahi l'immeuble dans lequel se trouve les bureaux d'Environnement'AIR. Comment est-ce possible ? Tout d'abord, rappelons que la concentration d'odeur (uo/m3) est le produit du facteur de dilution du gaz prélevé par 1 unité d'odeur. L?unité d'odeur est définie conventionnellement comme le seuil de perception. Ainsi dans une approche euristique nous pouvons faire les calculs suivants pour illustrer simplement la relation concentration d'odeurs et impact olfactif. Si un litre d'air odorant avec une concentration d'odeur de 1.106 uo/m3 se reparti de façon homogène dans un volume, nous atteignons 1 uo/m3 dans 1 000 000 de litres soit 1 000 m3. Dans le cas du site, le biogaz émis à raison de 450 m3/h avec une concentration de 800 000 uo/m3 pourrait occuper un volume de 360.106 m3/h à 1 uo/m3. Chaque minute, 6 000 000 de m3 d'air à 1 unité d'odeur sont ainsi potentiellement produits. Les jours de forte stabilité, les odeurs se dispersent en formant des langues d'écoulement (comme des langues glacières) d'environ 50 m de large et 10 m de hauteur. Sur cette base, et si l'on considère dans une démarche simplificatrice que le panache a la forme d'un parallélépipède rectangle, nous pouvons estimer que la longueur du panache est d'environ 6km. Lors des mesures autour d'un ISDND, le rayon d'impact olfactif atteint fréquemment plus de 5 km. Dans le cas de notre site, rappelons que les 450 m3/h de biogaz se répartissent sur 10 ha. Ainsi, sur chaque m², il y a une émission de 4,5 l/m²/h, avec une vitesse d'émission voisine de 4 mm/h. (ce qui est très difficilement détectable). Pourtant nous venons de voir que cette source est largement responsable des nuisances olfactives. Ce petit calcul montre le rôle et l'importance de l'estimation des débits d'odeur pour hiérarchiser la contribution relative des différentes sources vis-à-vis de la nuisance olfactive globale. Il permet également de comprendre pourquoi les exploitants estiment souvent que le débit des fuites de biogaz est une quantité négligeable alors que les riverains s'en plaignent. Par ailleurs, la mise en place d'unité la valorisation du biogaz qui nécessité des teneurs en méthane importantes contraint les exploitants à ne pas extraire le biogaz trop pauvre de certains casiers. La surpression alors induite l'absence de pompage entraîne une augmentation des fuites se traduisant parallèlement par une augmentation des plaintes. Aussi, il est temps de repenser la gestion de biogaz pour maintenir les massifs de déchets en dépression même si celui-ci est pauvre en méthane afin de lutter contre les nuisances olfactives. L Lionel Pourtier Environnement'AIR Lionel.pourtier@environnement-air.fr