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Le deuxième semestre de l'année 2015 verra se tenir deux évènements internationaux majeurs au sein desquels l'eau occupe une place prépondérante. Au mois de septembre, l'Assemblée générale des Nations-Unies devra adopter les nouveaux objectifs de développement (ODD). Un objectif « eau » figure parmi les 17 objectifs de développement durable qui seront proposés à l'approbation prochaine des Nations-Unies. Au mois de décembre, la Convention Climat de Paris (COP 21) examinera les mesures à prendre pour lutter contre les causes et les effets du changement climatique : modes de production et consommation d'énergie, sécurité alimentaire, risques naturels, etc. Les problèmes de l'eau restent pourtant peu évoqués, notamment dans les négociations en cours au sein de la Convention Climat. Les acteurs du monde de l'eau plaident pour que cette thématique, au croisement de toutes les problématiques évoquées à l'occasion des désordres climatiques à venir, soit prise en compte à une plus juste mesure.

La 21ème COP Climat des Nations-Unies se réunira à Paris au mois de décembre 2015 avec un objectif ambitieux : impulser une dynamique de solidarité mondiale pour lutter contre les causes et les effets des changements climatiques. L'application de cette convention, adoptée à Rio en 1992 mais entrée en vigueur en 1997 à Kyoto, s'est révélée chaotique, faute d'être avalisée par un nombre suffisant de grands pays (tels les Etats-Unis, rejoints ensuite par le Canada et quelques autres pays) et à la suite d'une application laborieuse et déficiente des mécanismes qu'elle met en place : marché carbone, mécanismes de développement propres, mise en place des fonds climat. Depuis 1992, le contexte a profondément changé avec, notamment, la montée des pays émergents devenus d'importants producteurs de gaz à effet de serre (GES) et la confirmation par le GIEC que les émissions de GES progressent à un rythme inquiétant. Suite aux décisions prises lors de la dernière conférence de Lima, les Etats ont été engagés à déposer de nouvelles contributions de réduction des GES et à proposer des solutions permettent d'abonder le Fonds Vert pour le Climat (pour lequel 10 milliards de dollars ont été réunis aujourd'hui) dont un objectif majeur sera d'aider les pays pauvres à s'adapter aux effets à venir des dérèglements climatiques. Il apparait présomptueux, aujourd'hui, de penser que ces propositions permettront de dégager un accord à Paris permettant de rester sur le chemin d'une limitation du réchauffement général de la planète à 2°C et répondant par ailleurs aux demandes très ambitieuses (à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020) de soutien des pays pauvres. La conférence de Paris ne sera donc sans doute qu'une transition vers le rendez-vous suivant prévu en 2016 au Maroc. Elle pourrait cependant créer un climat de confiance sur notre capacité collective à faire face à un enjeu qui concerne toute la planète. Dans cet esprit, les Nations-Unies avec le gouvernement Français, ont décidé de consacrer une place importante à la préparation d'un « agenda des solutions » qui sera présenté lors de la COP21. Il s'agit de montrer que nous pouvons mettre en ?uvre de nouvelles voies de progrès compatibles avec les objectifs de lutte contre le changement climatique et les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) qui devraient être arrêtés en septembre prochain, deux mois avant la conférence de Paris. Pour de multiples raisons, la protection et la gestion des ressources en eau sont au croisement de ces deux processus. L?utilisation judicieuse de l'eau peut servir à l'atténuation de rejets en CO2 dans l'atmosphère. Mais le secteur de l'eau répond aussi aux défis posés par l'adaptation face à un dérèglement climatique déjà en marche. L?adaptation, de plus en plus présente dans les réflexions internationales ne doit pas être un aveu de défaite par rapport à l'atténuation : pour pouvoir faciliter l'adaptation, il faut continuer l'atténuation. Face à la menace de l'irréversibilité, il est important de lier les deux aspects, autant dans le discours que dans l'action. Le Partenariat Français pour l'Eau a donc mené, dans cet esprit, un travail d'identification d'expériences climato-compatibles engagées par les acteurs français en France et à l'international. Des expériences climato-compatibles engagées par les acteurs français Présentées dans le cadre d'un document intitulé « Eau et climat, agir pour l'avenir » publié en avril 2015, les actions identifiées par le PFE portent indifféremment sur l'adaptation et/ou l'atténuation. Elles englobent les solutions technologiques tout en cherchant à couvrir un spectre plus large de savoir-faire climato-compatibles, du renforcement de la programmation à la connaissance, l'ingénierie, l'information, la sensibilisation, etc. Les acteurs français, parmi lesquels Météo France, le CNES, l'Irstea, le BRGM, l'IRD, l'Inra, le CNRS et bien d'autres encore ont mené des recherches poussées en termes d'amélioration des connaissances et de modélisations des aléas climatiques au niveau des territoires et des secteurs d'activités liés à l'eau. Ces travaux très concrets trouvent des applications immédiates. C?est par exemple le cas du modèle numérique développé par le BRGM sur la source du Lez, captée depuis plus de 150 ans pour alimenter en eau potable les 340 000 habitants de la Métropole de Montpellier : ils permettent de simuler les impacts des changements climatiques et anthropiques sur la ressource à partir des scénarios du GIEC et d'anticiper des situations de crise futures à l'horizon 2050. Ces modélisations ont également permis de mettre en place un outil de prévention des crues. Les résultats permettent de déterminer un niveau de prélèvement durable (en particulier en jouant sur la saisonnalité des prélèvements) et de proposer différentes stratégies de gestion de la ressource alternatives à celles actuellement utilisées, permettant une augmentation des prélèvements assurant l'alimentation en eau d'au moins 390 000 habitants à l'horizon 2030. Ces simulations permettent également d'initier des discussions suffisamment en amont pour être en mesure de faire évoluer la réglementation des prélèvements comme les déclarations d'utilité publique pour l'exploitation de la ressource. L?ONEMA mène un programme, en ce sens, visant à améliorer les conditions de transferts des connaissances entre scientifiques et décideurs. Au delà de l'amélioration de la connaissance, essentielle, les acteurs de l'eau ont développé des moyens de contribuer à l'atténuation du dérèglement climatique en réduisant les besoins en énergie pour traiter ou transporter l'eau. Le SIAAP a ainsi développé son propre outil de mesure des GES, opérationnel sur ses 6 stations de traitement de façon à pouvoir faire son bilan global de GES et identifier les postes les plus émetteurs dans son exploitation. Ce syndicat développe également l'optimisation énergétique de l'exploitation de ses stations de traitement des eaux usées, levier fondamental de l'atténuation dans les services d'eau et d'assainissement. De son côté, pour contribuer à l'atténuation du dérèglement climatique, la Société des Eaux de Marseille s'est fixée pour objectif de réduire de 20% la production de GES induits par ses services d'eau potable et d'assainissement et a développé un plan d'action visant à une réduction des consommations énergétiques de 10% sur 15 ans et à la réduction de pertes hydrauliques sur l'adduction et la distribution de plus de 20% pour la communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Les acteurs savent également exploiter l'eau en tant que source d'énergie renouvelable (hydroélectricité, méthanisation & biogaz...) ou en bien encore en l'utilisant comme vecteur de bonne gestion des terres (agro-écologie). En matière d'adaptation, la majorité des actions identifiées porte sur la ressource en eau : mobilisation, économie, gestion des risques, préservation de la qualité et des écosystèmes. Pour répondre à la problématique des ilots de chaleur urbains, le Cluster Eau et climat propose de redonner une place centrale à la nature en ville pour les rafraichir en cas de canicules. On peut atténuer voire rafraîchir l'air arrivant sur une zone d'activité ou d'habitat en favorisant les îlots de fraîcheur, par davantage de végétalisation des villes le long de chemins pédestres ou cyclables urbains. La végétalisation fournit de l'ombre et surtout évapotranspire l'eau qu'elle pompe dans le sol. Le Cluster Eau et Climat préconise également une meilleure coordination avec le monde agricole voisin qui, par le type et le mode de culture, influence l'humidité des sols et de l'air, permettant d'atténuer localement les chaleurs estivales. L?eau est donc une ressource critique pour compenser des impacts du dérèglement climatique, particulièrement en été où les besoins augmentent. Dans la région d'Agen, des projets de stockage dans des lacs de nouvelle génération favorisant la biodiversité et dans des nappes de surface (anciens méandres de la Garonne) permettront de garantir le fonctionnement de cette climatisation durable basée sur l'eau et le végétal. Une inquiétude majeure identifiée est liée à un accroissement des risques naturels (inondations sécheresses, submersion marines) qui fait l'objet de plusieurs fiches en particulier les outils mis en place par l'EPTB Seine Grands Lacs pour augmenter la résilience de la métropole parisienne face aux évènements hydrologiques extrêmes, ou les études menées par plusieurs communes littorales pour mieux évaluer les menaces de submersion et d'érosion des côtes. La publication du PFE « Eau et climat, agir pour demain » identifie une soixantaine de solutions multi-acteurs mises en ?uvre sur notre territoire national ou à l'étranger par des acteurs français. Elle montre ce que pourraient être demain les critères de solutions climato-compatibles nous mettant sur le chemin des ODD. Mais il faut que l'accord issu de la COP 21 intègre l'eau comme un élément central dans sa partie adaptation et qu'elle constitue un des domaines fondamentaux pour l'attribution des financements climat. Pour cela, il est nécessaire que la COP 21 aboutisse à un accord universel, ambitieux et juridiquement contraignant sur la réduction des gaz à effet de serre permettant de rester sous les 2°de réchauffement global par rapport à l'ère préindustrielle. Face aux risques liés aux futurs dérèglements climatiques, les acteurs du monde de l'eau réunis au sein du PFE affichent un certain nombre de principes : 1- La compréhension et la prise en compte par les décideurs des enseignements des travaux scientifiques est faible et mérite d'être renforcée par la mise en place de nouveaux outils d'interface entre sciences et politique 2- Le changement climatique doit nous conduire à intégrer de nouvelles incertitudes et nouveaux horizons de temps à long terme (2050 et au-delà) et à réviser en conséquence nos outils de planification 3- Les principes de la Gestion Intégrée des Ressources en Eaux doivent être révisés en y intégrant les conséquences des futurs dérèglements climatiques et les nouveaux besoins liés à la sécurité alimentaire, ou à l'énergie 4- Le développement attendu par d'importantes populations de notre planète va accroître les pressions des activités humaines sur les ressources en eau dans de nombreuses régions déjà soumises à des phénomènes de stress hydrique aujourd'hui et dont les ressources seront fragilisées par les futurs dérèglements climatiques. Face à ces contraintes il convient de privilégier des solutions résilientes, sobres en eau et offrant des perspectives de développement durable des activités et de protection des milieux naturels. 5- Les liens entre développement et changement climatique doivent nous conduire à mieux caractériser la notion de solution climato-compatibles dans le domaine de l'adaptation à l'instar de ce qui a été fait pour caractériser les solutions d'atténuation en terme de bilan carbone 6- Enfin, il est essentiel que les acteurs non étatiques représentatifs de la société civile dans son ensemble, en particulier ceux du monde de l'eau, soient associés aux négociations sur le climat. Les stratégies d'adaptation doivent également devenir une priorité à l'égal des stratégies d'atténuation. L?adaptation : une priorité, à l'égale de l'atténuation L?eau doit donc être intégrée dans les stratégies d'adaptation et d'atténuation au dérèglement climatique à tous les niveaux, notamment au niveau national, au sein des Plans nationaux d'adaptation ( PNAs ), des Plans d'action de mesures d'atténuation appropriées à l'échelle nationale ( MAANs ), ainsi que dans le volet adaptation de l'accord de la COP21. C?est une préoccupation majeure de nombreux pays pauvres, petits émetteurs de gaz a effet de serre et inquiets de leur capacité à faire face aux multiples dérèglements qui les menacent : l'affichage de solidarités renforcées entre pays riches et pays pauvres est un des enjeux majeurs du succès de la prochaine conférence. Les financements internationaux importants, en particulier le Fonds Vert et le Fonds d'Adaptation doivent être ciblés sur le secteur de l'eau par la communauté internationale pour soutenir les régions les plus pauvres et les plus menacées de notre planète Il est également nécessaire que les différents acteurs de l'eau, qui disposent de nombreuses expériences, tant pour l'adaptation que l'atténuation, voient ces expériences démultipliées dans le cadre d'actions résilientes prenant en compte le climat dans la gestion intégrée des ressources en eau au niveau des territoires et du bassin versant, fondées sur une approche équilibrée entre l'offre et la demande. Ceci requiert un renforcement des cohérences entre les grandes politiques structurelles : énergie, sécurité alimentaire, environnement, santé. L?eau doit également apparaitre dans les plans et les mesures de prévention des risques et de réponse aux catastrophes naturelles, afin de protéger les populations les plus à risques. Pour en savoir plus : l'agenda des solutions « eau et climat, agir pour l'avenir » est disponible sur le site du PFE à l'adresse : http://www.partenariat-francais-eau.fr