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Pour mieux évaluer les impacts du changement climatique dans le grand Sud-Est français, l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée et Corse a réuni en septembre dernier 300 experts et gestionnaires de l'eau et des rivières, des collectivités et de l'Etat au cours duquel un rapport de synthèse des connaissances sur les impacts du changement climatique sur l'eau a été publié. Les conclusions sont sans appel : face aux premiers effets observés, c'est toute la gestion de l'eau qui doit être repensée.

Les travaux menés par l'agence Rhône-Méditerranée et Corse s'inscrivent dans le cadre du futur plan de bassin d'adaptation au changement climatique que l'agence pilote, avec l'Etat et les 5 conseils régionaux de la zone et qui devrait être finalisé mi 2013. Le rapport publié par l'agence constitue une synthèse des travaux scientifiques concernant le changement climatique et ses impacts dans le domaine de l'eau au sein du bassin. Il en ressort que ces impacts seront marqués et nécessiteront une adaptation des politiques de gestion de l'eau pour réduire la vulnérabilité des territoires. Parmi les mutations les plus importantes, les scientifiques prévoient une baisse de moitié de la durée d'enneigement au sud des Alpes dès 2030, due à la conjonction de la diminution des chutes de neige et une accélération de leur fonte. C?est à basse et moyenne altitude (1200 à 1800 m), dans toutes les Alpes, que le manteau neigeux sera le plus affecté. A plus long terme (2080), une quasi-disparition de la neige au printemps sur toutes les Alpes à basse et moyenne altitude pourrait être observée. Le débit des rivières en été chutera parce qu'il ne sera plus aussi bien soutenu par la longue fonte des neiges et que les sols seront plus secs. En 2050, certains affluents du Rhône comme la Saône pourraient perdre de 20 à 50% d'eau en été et en automne et jusqu'à 75% en été pour l'Isère et la Durance. Les fleuves du Languedoc-Roussillon pourraient perdre 30 à 80% de débit en 2080. La Méditerranée sera la zone la plus affectée par la baisse des précipitations. Les bassins côtiers du Languedoc-Roussillon pourraient recevoir 60 % de pluies en moins l'été en 2080 avec des déficits allant jusqu'à -80 % sur l'Aude, la Têt ou le Tech. Des sécheresses plus intenses, plus longues et plus fréquentes sont attendues partout. Pour les pluies d'automne et d'hiver, les modèles scientifiques ne s'accordent pas sur l'évolution à la baisse ou à l'augmentation. Néanmoins, en bilan sur l'année, les apports d'eau seront plus faibles et plus incertains. Facteur aggravant, l'évapotranspiration s'accroissant, elle avancera en saison les manques d'eau en agriculture et les accentuera par assèchement des sols. A l'échelle du bassin, les scientifiques situent la montée des températures en moyenne annuelle entre 1 et 2°C d'ici 2030 puis de 3 à 6 °C à l'horizon 2080. Sur les bassins côtiers, les scénarios optimistes annoncent +3°C d'augmentation moyenne d'ici 2080. Une pointe à +10°C au mois d'août est même envisagée. Les aquifères littoraux, affectés par une moindre recharge, pourraient être aussi menacés de salinisation du fait de l'élévation du niveau de la mer. Le niveau de la Méditerranée devrait en effet monter sans qu'il soit encore possible d'en préciser la hauteur. Elle devrait également se réchauffer de 3°C d'ici 2080 et s'acidifiera. Sur 75 espèces de poissons endémiques, 50 verraient leurs habitats fragmentés ou réduits et 14 disparaitront probablement. Enfin, le littoral languedocien connaîtra des risques d'érosion et de submersion encore accrus. Ces données, impressionnantes par leur rapidité, mettent en lumière la vulnérabilité des activités actuelles de sports d'hiver de moyenne montagne, de refroidissement industriel sur le cours du Rhône (nucléaire), d'agriculture, d'approvisionnement en eau potable et de survie des milieux aquatiques si rien n?était fait. D?où l'importance du plan d'adaptation au changement climatique que prépare l'agence. Le rapport scientifique sera soumis à consultation pendant un mois avant qu'un comité scientifique ne donne son avis sur ces conclusions et formule des recommandations pour guider les gestionnaires dans la mise en place de mesures d'adaptation. Fin 2012, le plan présentera notamment 4 cartes de vulnérabilités identifiant les zones les plus sensibles pour l'agriculture, la ressource en eau, les activités liées à la neige et la biodiversité. Elles croiseront les données de fragilités déjà perceptibles dans ces territoires et les évolutions climatiques attendues. Enfin le plan comprendra des mesures d'adaptation pour les bassins des principaux cours d'eau et servira de module réplicable dans tous les plans régionaux en cours de préparation (SRCAE, SRCE, SRADT?).