Le salon Aquapolis a changé de nom pour devenir WaterTech et se déroulera les 14 et 15 octobre 2026 à Paris Expo – Porte de Versailles. Pour la revue L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances, Lionel Leone, directeur du salon WaterTech, présente ce « nouvel » événement dédié au domaine de l’eau, les évolutions, les temps forts, les synergies avec les salons IBS et InnoCity, etc.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : WaterTech est un tout nouveau salon dédié au domaine de l’eau, qui s’appuie toutefois sur un autre événement, Aquapolis. Pouvez-vous revenir sur l’histoire de ce salon et sur le changement de nom ?
Lionel Leone : Aquapolis est né en 2023, à l’origine comme un prolongement naturel du salon Innopolis Expo consacré à l’innovation territoriale. À cette époque, les collectivités nous faisaient part de préoccupations croissantes autour de la gestion de l’eau. L’année 2023, marquée par une sécheresse hivernale puis estivale particulièrement sévère et par le lancement du Plan eau du gouvernement, a d’ailleurs constitué un véritable tournant. Depuis, les tensions sur la ressource ne cessent de s’intensifier sous l’effet du changement climatique, faisant de l’eau un enjeu stratégique pour les territoires, les entreprises et les gestionnaires d’infrastructures. L’acquisition d’Aquapolis par IBS Event (Infopromotions – Groupe Solutions) a par ailleurs ouvert une nouvelle étape dans le développement de l’événement. En rejoignant un écosystème réunissant notamment le salon du smart building IBS et celui dédié à l’innovation des territoires Innocity, il est apparu naturel de faire évoluer le positionnement d’Aquapolis. Ce changement se traduit par une ouverture plus internationale, des moyens importants pour le développement mais aussi par un renforcement des thématiques liées au bâtiment, aujourd’hui au cœur des enjeux de performance hydrique. La précédente édition d’Aquapolis a confirmé la pertinence de cette approche et a démontré l’intérêt croissant des collectivités, des industriels et des gestionnaires de patrimoine pour un événement capable de rassembler l’ensemble des acteurs de la filière autour des grands défis liés à l’eau.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Vous évoquiez des préoccupations croissantes autour de la gestion de l’eau, l’intensification des tensions sur la ressource. Quelles sont, pour vous, les grandes tendances actuelles sur le marché de l’eau ?
Lionel Leone : L’eau demeure paradoxalement l’un des angles morts de la transition écologique. Alors même qu’elle conditionne notre résilience économique, environnementale et sanitaire, son prix reste insuffisant pour financer les investissements indispensables à la modernisation des infrastructures et à la préservation de la ressource. Il est d’ailleurs essentiel de distinguer le prix de l’eau de son coût réel pour la société. Les conséquences d’un manque d’eau dépassent largement la facture des usagers : ralentissement de l’activité économique, conflits d’usages, dégradation des milieux naturels, concentration accrue des polluants dans les ressources destinées à la consommation humaine… Ces impacts ont un coût considérable qu’il devient indispensable d’anticiper. Dans le même temps, les exigences réglementaires se renforcent, notamment avec la nouvelle directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU 2), qui impliquera des investissements majeurs pour les collectivités et les exploitants. Les solutions technologiques existent déjà, avec le pilotage « intelligent » des réseaux, la réutilisation des eaux non conventionnelles, la détection des fuites, l’optimisation des consommations, etc. Mais le véritable défi consiste désormais à créer les conditions économiques et réglementaires permettant le déploiement à grande échelle de toutes ces solutions, tout en favorisant une meilleure coordination entre les différents acteurs de la filière.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Quels seront les temps forts de cette première édition de WaterTech, qui aura lieu les 14 et 15 octobre 2026, à Paris Expo – Porte de Versailles ?
Lionel Leone : L’édition 2026 accordera une place importante aux enjeux de performance hydrique des bâtiments et aux enjeux sanitaires dans les collectivités (voir encadré). Concernant ces derniers, nous aurons plusieurs conférences consacrées aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), aux micropolluants, à la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine (EDCH), ainsi qu’aux nouvelles technologies de traitement. Parmi les principaux thèmes abordés figureront la maîtrise des consommations d’eau, le smart metering, la récupération des eaux de pluie, la réutilisation des eaux grises et le pilotage « intelligent » des installations. La gestion des eaux pluviales constituera également un axe majeur du programme. La désimperméabilisation des sols s’impose en effet aujourd’hui comme un levier essentiel pour restaurer le cycle naturel de l’eau, limiter les risques d’inondation et renforcer la résilience des territoires face aux épisodes climatiques extrêmes. L’objectif est de proposer une vision transversale de la gestion de l’eau, depuis la protection de la ressource jusqu’à ses usages dans les bâtiments et les territoires.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Avez-vous concocté d’autres nouveautés en plus du changement de nom ?
Lionel Leone : Le changement de nom reflète une transformation beaucoup plus profonde de l’événement. WaterTech s’installe désormais à Paris Expo – Porte de Versailles [le salon se tenait à l’Espace Champerret de Paris, NDR], offrant un cadre à la hauteur de ses ambitions, et rejoint un écosystème réunissant les salons IBS et InnoCity. Cette complémentarité permet de créer de nombreuses passerelles entre les enjeux de l’eau, du bâtiment et des territoires. Ce nouveau format change également d’échelle : nous attendons une affluence globale de plus de 10 000 visiteurs professionnels sur deux jours [la 15e édition d’IBS a réuni 7 906 visiteurs (+5 % par rapport à 2024) et InnoCity accueille environ 4 000 visiteurs, NDR].
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Quel objectif vous êtes-vous fixé en termes de nombre d’exposants ?
Lionel Leone : Pour cette première édition sous l’identité WaterTech, environ 40 exposants proposant des solutions dédiées à la gestion de l’eau seront présents. Au-delà des entreprises historiques de la filière eau, le rapprochement avec IBS et Innocity permet également d’accueillir de nombreux acteurs du bâtiment « intelligent » et des territoires, qui développent désormais des solutions dédiées à la performance hydrique. Des entreprises comme Jetly, Neoperl, ou encore Ista illustrent cette convergence des marchés. La programmation bénéficie également de l’implication de grands acteurs institutionnels et opérationnels tels que le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) ou Eau de Paris, ainsi que de notre partenariat avec l’Union des industries et entreprises de l’eau (UIE), qui contribue activement à mobiliser l’ensemble de l’écosystème professionnel. Notre ambition est de faire de WaterTech un lieu de dialogue entre industriels, collectivités, exploitants, maîtres d’ouvrage et gestionnaires de patrimoine, afin de favoriser l’émergence de solutions concrètes face aux défis de l’eau.
L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : En conclusion, quelle est votre ambition pour ce « nouveau » salon ?
Lionel Leone : Nous sommes convaincus que les enjeux liés à l’eau vont progressivement s’imposer comme un sujet structurant, au même titre que l’énergie ou le carbone. Dans ce contexte, et grâce au repositionnement du salon, notre ambition est de créer un rendez-vous de référence, capable de fédérer l’ensemble de la chaîne de valeur – tous les professionnels qui conçoivent, exploitent ou aménagent les bâtiments, les infrastructures et les territoires – , de favoriser le partage des bonnes pratiques et d’accompagner les transformations indispensables pour préserver durablement la ressource en eau. Et même de faire de WaterTech un rendez-vous à vocation internationale, capable d’attirer des décideurs, des industriels et des experts bien au-delà du marché français.
Propos recueillis par Cédric Lardière
Aperçu des thématiques des conférences
· Désimperméabiliser la ville : conditions de réussite, limites et responsabilités
· Impacts concrets de la DERU 2 : chiffrages, calendrier, recommandations…
· PFAS dans l’eau potable : caractériser, traiter, se conformer, comment les acteurs font face aux exigences de 2023 et 2026 ?
· Utilisation des eaux non conventionnelles : aux municipalités de montrer le bon exemple avec la multiplication des cas d’usage !
· À propos des risques (cyber)sécuritaires qui pèsent sur l'eau en France et les mesures préventives qui s'imposent…
· Par quels modèles économique et écologique probants la revalorisation des eaux grises (douches, lave-linge, lavabos…) est-elle portée en France ? Peut-on faire mieux et plus vite ?
· Nouvelle règlementation européenne sur le traitement des eaux usées : l'ampleur du défi pour la France

