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Comme chaque année à pareille époque, les algues vertes ont repris leurs quartiers d'été. Ce phénomène, qui concerne désormais la quasi-totalité des baies bretonnes, s'étend aujourd'hui sur une bonne partie du littoral normand après avoir gagné ces dernières années l'arc atlantique. Pour autant, ce bloom algal, apparu pour la première fois en Bretagne à la fin des années 60, n?est pas une spécificité française. On l'observe également dans bon nombre de lagunes italiennes, en mer du Nord, sur la côte Est des Etats-Unis, au Japon et même en Chine ou les autorités évoquent un désastre à grande échelle. Partout, les causes sont les mêmes. Elles résultent d'une conjonction de trois facteurs : une configuration géographique propice à leur prolifération (baies peu profondes), un ensoleillement suffisant associé à une température de l'eau élevée, et surtout, un excès d'azote et de phosphore. Et partout, les réponses sont essentiellement curatives : soucieuses de limiter les impacts économiques du phénomène sur l'économie locale, les autorités privilégient le curatif sans mettre en place les mesures préventives nécessaires à une reconquête globale de la qualité de l'eau, préalable indispensable pour en finir avec les algues vertes. La France ne fait pas exception. Un plan « algues vertes » intégrant un volet préventif, relativement bien accueilli par le monde agricole car très consensuel, avait été déployé en février 2010. L?espoir n?a pas duré longtemps : dès l'été 2013, une dizaine de chercheurs, pourtant membres du comité scientifique chargé de valider ces principales orientations, avaient dénoncé l'inefficacité probable de ces mesures, indiquant que les systèmes de production agricole actuels rendaient impossible l'atteinte des objectifs fixés. Les conclusions du rapport de la mission interministérielle chargée d'évaluer ce plan, publiées le mois dernier, leur donne, hélas, en grande partie raison : « même si la qualité de l'eau dans les bassins versants s'améliore progressivement, la pression azotée reste très élevée dans de nombreux cas » indiquent ainsi les évaluateurs. Comme souvent en pareil cas, le document ne permet pas d'apprécier l'efficacité réelle des mesures engagées, ni même d'évaluer l'efficacité de l'argent public investi. Il ne permet pas de comparer les teneurs en nitrates entre les bassins bénéficiant du plan et les autres, et fait l'impasse sur le niveau d'engagement très hétérogène des initiatives locales. En un mot comme en cent, il ne permet pas de dire si les engagements pris suffiront à répondre aux enjeux. Ce qui n?empêche pas les évaluateurs de recommander une prolongation jusqu'à la fin 2016 avant de préparer un futur plan « doté d'objectifs plus ambitieux et partagés (...) qui pourrait être qualifié de plan de limitation des algues vertes en Bretagne, actant ainsi le fait que l'éradication des algues vertes est peu probable mais que sa maîtrise est nécessaire ». On ne saurait mieux traduire le degré de résignation qui anime aujourd'hui les pouvoirs publics sur le dossier... La Bretagne n?en a donc pas fini avec les algues vertes. A moins que les bretons eux-mêmes n?en décident autrement, sous l'impulsion des élus, des associations et des représentants des filières agricole et agroalimentaire, qui savent tout l'intérêt qu'il y aurait à s'inscrire dans une démarche de qualité et de durabilité reposant sur le long terme. Mais il faudrait pour cela prendre le taureau par les cornes, ne plus louvoyer, et en finir avec les faux semblants tels que ces assertions qui fleurissent sur les sites internet de nombreuses collectivités et autres offices de tourisme selon lesquelles « les algues vertes font partie de l'écosystème marin breton ». A quoi bon finasser ? Les développements d'algues vertes résultent d'un déséquilibre écologique. Ils sont le fruit d'une pollution qui perturbe l'écosystème marin et doivent être combattus. Ni plus ni moins.