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Quel bilan tirer du 6ème Forum mondial de l'eau qui s'est tenu du 12 au 17 mars dernier à Marseille ? Premier constat, en réunissant l'ensemble de la communauté de l'eau dans le but d'identifier des solutions susceptibles de répondre aux grands enjeux de l'eau dans le monde, le Forum est parvenu à atteindre le premier de ses objectifs en justifiant sa raison d'être. Plusieurs milliers de participants en provenance de 173 pays, représentant des gouvernements, des parlements, des collectivités territoriales, des organisations internationales, des entreprises, des centres de recherche publics et privés mais aussi la société civile représentée par des ONG, ont animé plus de 400 sessions de travail thématiques et régionales. En constituant durant 6 jours une gigantesque plate-forme d'échanges et de discussions, en mettant à la disposition des politiques, qui restent les seuls habilités à prendre le relais, des expertises et des outils élaborés par des experts venus du monde entier, le 6ème Forum mondial de l'eau a pleinement joué son rôle. Au chapitre des avancées, on signalera la reconnaissance officielle du rôle des autorités locales et régionales dans la gestion de l'eau et de l'assainissement, qui figure dans la déclaration ministérielle adoptée le 13 mars. On notera également la réaffirmation du droit à l'eau et à l'assainissement dans le cadre de cette déclaration adoptée à l'unanimité, dans laquelle 130 pays se sont engagés à accélérer la mise en ?uvre de ce droit, officiellement reconnu par l'ONU au mois de juillet 2010. Certes, la formulation a déçu, notamment les ONG, car elle laisse aux États toute latitude de décider individuellement si leurs obligations en matière de droits humains les obligent à mettre en ?uvre (ou non) le droit à l'eau et à l'assainissement pour tous. Autre progrès, l'intégration de la société civile représentée par une coalition d'ONG (l'Effet Papillon) qui fait désormais partie de tous les agendas et qui a permis de commencer à prendre en compte de manière effective la parole des ONG en amont et pendant le Forum. Autre avancée notable, l'eau sera pour la première fois inscrite parmi les 9 priorités de l'agenda international discutées au sommet « Rio+20 » du 20 au 22 juin prochain. Et à Doha, en fin d'année, dans les conférences préparatoires, l'eau sera présente dans l'agenda avec la proposition de remplacer le paquet « énergie-climat » par un paquet « eau et énergie », deux ressources interdépendantes à la base de tout développement. Ce paquet pourrait permettre de dégager plus de financements pour les infrastructures d'eau. Au delà du volet politique, l'ambition de cette 6ème édition était également celle d'être le Forum des solutions. Le Village et la plateforme des Solutions, spécialement créés pour le 6ème Forum mondial de l'eau, ont été un vrai succès. Plus de 1.400 solutions ont pu être présentées, discutées et explicitées, certaines véritablement innovantes, d'autres plus largement éprouvées. C'est d'ailleurs dans le cadre de ce village que le pS-Eau a pu présenter la solution consistant à étendre le dispositif Oudin-Santini aux autres pays européens. Ce mécanisme, en vigueur depuis 2005, autorise les communes et agences de l'eau à consacrer jusqu'à 1% des factures payées par les consommateurs à des partenariats dans les pays en développement. Il a permis de générer 24 millions d'euros et pourrait, s'il était généralisé en France, dépasser les 70 millions d'euros. Certes, ce type de solution, comme d'ailleurs toutes celles qui ont été présentées à Marseille, ne dispensera pas la communauté internationale de prendre enfin ses responsabilités en augmentant substantiellement l'aide publique internationale, point de passage obligé pour faciliter et pérenniser l'accès à l'eau et à l'assainissement pour tous. Mais avec toutes les autres contributions, elle constitue un apport indispensable dans l'attente d'une vraie mobilisation de la communauté internationale qui seule pourra apporter des réponses concrètes et durables à la hauteur des grands enjeux de l'eau dans le monde. Car seule une volonté politique résolue, assortie d'engagements financiers effectifs, permettra d'épargner à ces grands rendez-vous cet inévitable goût de trop peu qui assombrit presque systématiquement leur bilan.